Editions Studio graph

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Volkovitch.com

dimanche 26 avril 2015

Avec Luc Blanchard, je ne serai pas déçu. Son Erreur humaine, qu’il auto-édite aux éditions Studio graph, ne dépare pas la série Opération humide dont il constitue le troisième volume. Le décor n’est plus notre bonne ville de Chèvres, hélas, mais on ne peut pas tout avoir. Cette fois, mis à part quelques haltes dans des lieux parisiens, la scène est... nulle part. Plus précisément, sur des écrans d’ordinateur, dans ce labyrinthe nommé Internet, qualifié de virtuel alors qu’il est réel autrement — terriblement réel, bien que nous soyons là en 1995, aux tout débuts. Un « immense bazar », déjà, plein de mystères.

L’enquêteur, un flic expert en informatique, est chargé de démasquer l’auteur d’un site web dangereusement bien informé. Il manquera y laisser sa peau. Barbouzes et espions en tous genres, conspirations, coups tordus, crimes d’État, les recoins sombres de la fin du XXe siècle apparaissent fugitivement sous le projecteur de Luc Blanchard — ou plutôt de sa lampe-torche, car les ombres ont la vie dure. D’autant que face aux abondantes explications techniques, le lecteur lambda se sent un peu perdu. Cela est bon : pour mieux sentir la complexité de ce nouvel univers, pour mieux se découvrir minuscule et impuissant, il faut que le lecteur entrevoie sans voir trop clairement. L’une des vertus de ce roman, c’est le juste équilibre qu’il ménage entre comprendre et ne pas comprendre.

Un autre équilibre précieux s’installe ici entre présent et passé, innovation et tradition. La maîtrise technique, semble dire l’auteur, ne suffit pas. Son héros sera fortement soutenu par une jeune collègue africaine, qui connaît la sorcellerie aussi bien que les machines modernes. C’est une coopération inédite entre magie et technologie qui va « permettre au virtuel d’interagir avec le réel » et tirer d’affaire l’apprenti sorcier.

« Les Baoulé, dit la belle, apprennent très jeunes à communiquer avec leurs morts, les Blancs, eux, ont laissé filer ce lien, cette faculté de devenir des géants en se hissant sur les épaules de leurs ancêtres ; c’est ce lien que tu dois retrouver. »

Beau programme.
Michel Volkovitch