Editions Studio graph

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Hémorragie de souvenirs

lundi 4 juin 2012

Autre livre court, dont les auteurs, Micha König et Catherine Korenbaum, sont moins connus encore. Micha, aujourd’hui rabbin en Touraine, est un miraculé : entre 42 et 44, aux Pays-Bas, l’enfant juif qu’il était aurait dû dix fois mourir. Dans La diagonale du rosier (Studio graph), au soir de sa vie, il raconte ces années d’épouvante à Catherine Korenbaum qui rédige : les persécutions, l’étau qui se resserre, la vie traquée de cachette en cachette, ceux qui aiment et protègent, ceux (nombreux) qui dénoncent. Tout cela qu’il faut sans cesse rappeler, contre l’oubli et sa force d’inertie géante.

Au-delà de la tragédie collective, le récit s’attarde aussi sur le drame personnel des deux mères de l’enfant : la vraie, qui dut s’en séparer pour lui sauver la vie, et l’adoptive, qui souffrit affreusement de devoir le rendre après la guerre.

La suite de son existence, pleine de péripéties douloureuses, le vieil homme l’évoque à demi-mot avec une réticence marquée : il ne raconte pas pour se mettre en vedette, mais pour saluer ceux qui l’ont aimé au point de risquer leur vie pour le sauver ; c’est la gratitude et l’amour qui ont déclenché cette « hémorragie de souvenirs », comme s’auto-décrit, dans une jolie formule, ce récit sans prétention littéraire apparente, mais si efficace dans sa simplicité.

Michel Volkovitch