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Pierre Monatte

une autre voix syndicaliste

avril 2002

Par Colette Chambelland aux éditions de l’Atelier, Paris 1999

En août 1914, quand la classe ouvrière, comme toute la nation part fleur au fusil, un monde bascule pour ceux qui croyaient à l’internationalisme prolétarien. Quand la révolution communiste devient, dès 1920, une lourde machine totalitaire, écrasant l’originalité du mouvement ouvrier français, le monde bascule une seconde fois, pour ceux qui croyaient en un société révolutionnaire d’hommes fiers et libres. Vont-ils jeter par dessus bord leurs convictions de jeunes hommes, ayant voulu un mouvement ouvrier indépendant des partis, révolutionnaire tout en suscitant des réformes, libérateur pace qu’éducateur ? Avaient-ils donc vécu d’illusions ? Puisque leurs idées n’avaient pas eu de prise sur la classe ouvrière, il était certain qu’ils devaient analyser leur passé. Ce sera la grande interrogation lucide de toute leur vie. Pour autant, ils ne pense pas qu’il faut tout rejeter, se rallier à un des deux camps vainqueurs, pour schématiser grossièrement, suivre Thorez ou Jouhaux. Chaque camp offre ses séductions, son pouvoir, sa part de vérité aussi. Mais, pour certains, le mouvement ouvrier y perd sa vigueur, son originalité, son pouvoir libérateur puisqu’on ne lui offre qu’une société protectrice, sans initiative, sans responsabilité ou un catéchisme venu d’ailleurs. Leur syndicalisme révolutionnaire d’hier leur paraît écrasé, peut-être, mais encore garant du renouveau.
Pierre Monatte est un des plus représentatifs de ces hommes. Autour de lui se sont rassemblés les syndicalistes révolutionnaire quand, en 1909, il a fondé La vie ouvrière, les tenants de l’internationalisme pendant la Première Guerre mondiale, les partisans du renouveau syndical en 1919, les syndicalistes-communistes en 1922, les opposants à la bolchevisation en 1924, les syndicalistes anti-staliniens qui fondent avec lui La Révolution prolétarienne en 1925 et suivent la voie étroite pour le redressement du mouvement ouvrier.

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Les différences de générations, de professions ne sont pas facteurs de divisions."Vieux" qui ont connu le mouvement du début du siècle et "nés de la guerre" ont vécu une même expérience. Adhérents avec enthousiasme au communisme ils ont refusé les méthodes et l’idéologie des nouveaux dirigeants du parti et de l’internationale et consacrent leur énergie militante à leurs organisations syndicales.

Roger Hagnauer est de ceux là. Il a déjà une bonne expérience militante. Adhérent dès leur création aux jeunesses communistes, il a, au cours de son service militaire dans la Ruhr, pratiqué leur mot d’ordre de fraternisation. Il a été arrêté et emprisonné à la prison de Mayence de novembre 1923 à mai 1924. Après le non lieu, il rejoint Paris où son activité est à la fois celle d’un jeune instituteur dans son organisation syndicale et celle d’un militant communiste ; proche des positions de Monatte et Rosmer. Exclu en janvier 1926, il rejoint tout naturellement La Révolution prolétarienne où il écrit abondament et anime des réunions tout en prenant une part de plus en plus importante au syndicat des instituteurs.

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