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Les enfants dans les camps de la honte

dimanche 8 mai 2005

Les enfants cachés pendant la seconde guerre mondiale aux sources d’une histoire clandestine


Céline MARROT-FELLAGUE ARIOUET

La création des camps d’internement

Le 3 septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à l’ Allemagne nazie.A partir de 1939, la France se couvre de camps.Ils sont tout d’abord le lieu de concentration de 500 000 réfugiés de la guerre civile espagnole avant d’être à partir du 14 mai 1940, sur l’initiative du gouvernement de Paul Reynaud, des lieux d’internement de tous les ressortissants allemands, danzigois, sarrois ainsi que des apatrides.Ces étrangers, considérés après la déclaration de guerre comme des ennemis de la patrie, sont pour la plupart des intellectuels, des médecins, Juifs et non Juifs qui ont fui le régime hitlérien à partir de 1933.Peu de temps après son avènement, le gouvernement de Vichy promulgue la loi du 4 octobre 1940, sur les « étrangers de race juive », stipulant qu’ils peuvent être internés dans des camps spéciaux.Cette mesure est en continuité idéologique avec la politique xénophobe conduite dans les dernières années de la Troisième République.

Le 24 octobre 1940, 7 500 Juifs du Bade et du Palatinat, dont 255 enfants, sont convoyés d’Allemagne à destination de Vichy qui les fait interner dans le camp de Gurs, ouvert par le gouvernement Daladier en 1939 pour réunir le flux des réfugiés de la guerre civile espagnole. Jusqu’en 1940, les camps dépendent du Ministère de la Défense et de la Guerre, mais le gouvernement de Vichy promulgue une loi qui fait passer la responsabilité des camps d’ internement au Ministère de l’Intérieur qui répercute ses décisions sur les préfets territoriaux. Une garde civile assure la surveillance des camps.

Anne Grynberg effectue la classification suivante des camps d’internement :

De l’hiver au printemps 1939, sont créés Agde, Argelès, Bram, Le Barcarès, Rivesaltes, Saint Cyprien, Septfonds.

Entre septembre 1939 et mai 1940, les camps de Rieucros, Gurs, les Milles, Le Vernet sont ouverts pour y interner les « Ressortissants ennemis en guerre contre la France. »

A partir du 2 août 1942, débutent les déportations depuis ces camps, tous situés en zone libre. Les effectifs des camps ne cessent de gonfler. Dès 1939, des enfants y vivent dans des conditions d’hygiène et d’alimentation déplorables. Ils sont regroupé s essentiellement dans deux camps : Gurs et Rivesaltes où la plupart des enfants ont été transférés.

« Gurs, une drôle de syllabe, comme un sanglot qui ne sort pas de la gorge. » LOUIS ARAGON

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Le fonctionnement de la maison de Sèvres relève d’un paradoxe apparent : maison d’enfants du Secours National, Entr’Aide d’Hiver du Maréchal, créée dans un but philanthropique dont le principal enjeu est de promouvoir l’image du Maréchal et de Vichy, elle fut un havre de paix à la fois pour les proscrits du régime et, progressivement à partir de la rafle du Vel d’Hiv, pour des enfants juifs traqués par Vichy et les nazis, de sorte que ces pensionnaires pas tout à fait comme les autres constituèrent rapidement les deux tiers de l’effectif.

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